L’été / La pente douce / #Fergessen

L’été, ce sont 10 pistes et autant d’ambiances qui disent l’énergie à venir. Ce sont des centaines de pépites sonores qui regorgent de possibles, comme des gouttes qui gambadent, un chœur, une voix, deux voix, un riff, un son, un bruit, un rythme apaisé qui délivre soudain des tempos accélérés, des silences, une douceur, tensions d’hier pour l’été de maintenant, avec l’envie de réveiller nos énergies endormies comme une joie simple dont on devine l’âpreté et les tourments par lesquels elle a transité. L’été, c’est une plume qui secoue nos pensées avachies, sans incantation, sans le mors aux dents, plutôt avec le sourire du miel des connivences.

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Amina

Où je découvre au hasard d’une lecture d’un polar, qui traite des migrations, votre vie est une guerre madame, dit l’homme qui a réussi sur le dos de ces derniers pour faire un kilomètre dans sa vie et passer des barres d’une cité à une somptueuse villa, que la vraie frontière entre les hommes est un bout de papier récent qui se nomme passeport.
Un simple document qui remet en cause des milliers d’années où les femmes et les hommes circulaient sur le caillou bleu. Du papier pire que des murs. Une frontière à lui tout seul. Un interrupteur, qui déclenche mille et une procédures. Mille et une postures. Technofracture.
Où je découvre dans le même bouquin, décidément, qu’un beau jour, des occidentaux décidèrent que la seule monnaie serait l’argent, supprimant de facto les mille et une monnaies qui existaient ici et là, et les échanges qui allaient avec, entraînant de facto bis l’appauvrissement soudain et brutal de millions de personnes, y compris celles qui avaient géré leurs biens d’alors, devenus caduques.
Et puis je lis ce texte sur Slate.
Amina. Je pense à toi. A ta guerre. A la nôtre.

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#Lecture – Lars Mytting

Amazon, la Fnac ou d’autres c’est bien pratique pour acheter des bouquins. Quand on connaît ce que l’on va acheter.
Un libraire c’est mieux. Pour découvrir. Et changer le monde.
Ce dimanche-là, pas n’importe quel dimanche, le dernier de l’année 2017, je suis à Tréguier en Bretagne (Côtes d’Armor). Une de mes librairies préférée a la bonne idée d’être encore ouverte. Il est près de 17 h 30, la nuit est tombée, ça sent le thé dans la petite boutique, quelques familles flânent dans les rayons.
Je plonge dans les nouveautés et les coups de coeur des libraires.
Et je prends sans hésiter « Les 16 arbres de la Somme », de Lars Mytting (Actes sud).
J’ai terminé la lecture hier. Et fait très rare chez moi : j’ai tout de suite eu envie de le relire à nouveau !

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A quand l’indignation positive ?

Il est grand temps que le souci d’éthique, de justice, d’équilibre durable devienne prévalent. Car les risques les plus graves nous menacent. Ils peuvent mettre un terme à l’aventure humaine sur une planète qu’elle peut rendre inhabitable pour l’homme. […] Comment conclure cet appel à s’indigner? En rappelant encore que, à l’occasion du soixantième anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance, nous disions le 8 mars 2004, nous vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre (1940-1945), que certes “le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des Nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte”. Non, cette menace n’a pas totalement disparu. Aussi, appelons-nous toujours à “une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous.

Extrait de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, qui s’est vendu à 4,5 millions d’exemplaires dans 35 pays.

L’indignation a fonctionné. Au premier degré. Nous avons a aujourd’hui quelques exemples. Trump aux USA, Macron en France, le Breixit, la montée de l’extrême droite à peu près partout. Ces réponses n’en sont sans doute pas. Il nous reste à inventer l’indignation positive. Pro-active. Une sorte d’utopie concrète, comme disent les rêveurs lucides. Les poètes. Les artistes. Les philosophes. Et nous autres. Ca fait du monde !

Espérance / Jean D’ormesson

« Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte
Et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.
Sans aliénation, vivez autant que possible
en bons termes avec toutes personnes.
Dites doucement mais clairement votre vérité.
Ecouter les autres, même les simples d’esprit et les ignorants :
Ils ont eux aussi leur histoire.
Evitez les individus bruyants et agressifs :
Ils sont une vexation pour l’esprit.
Ne vous comparez avec personne :
Il y a toujours plus grands et plus petits que vous.
Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements.
Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe.
Soyez vous-même.
Surtout n’affectez pas l’amitié.
Non plus ne soyez cynique en amour car il est,
En face de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.
Prenez avec bonté le conseil des années
En renonçant avec grâce à votre jeunesse.
Fortifiez-vous une puissance d’esprit
Pour vous protéger en cas de malheur soudain.
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même.
Vous êtes un enfant de l’univers. Pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici.
Et, qu’il vous soit clair ou non,
L’univers se déroule comme il le devait.
Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez,
dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre cœur.
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. »

Elastique

Le bon sens populaire aime à dire jamais deux sans trois. Une manière de convoquer avec fatalisme les lois des séries. Fatalement, au deuxième, on guette le troisième. Et lorsqu’il survient, on espère que la foudre va cesser.
Du coup, on est nettement moins préparés lorsque surviennent le cinquième, le sixième, le septième.
Alors on ferme les yeux. On soupire. On tente d’expirer l’air qui vient à manquer. Qui se tasse dans l’estomac. Qui brûle les yeux.
Et l’on se surprend, face à l’inexorable, à trouver qu’encaisser c’est élastique.
Le mots sonnent bien creux quand ils disent face à l’effroi que la vie continue. Et pourtant, notre propre survivance en est un éclairage. Parmi d’autres.