Le smurf et les petits génies

Ceci est une histoire vraie.
Nous étions jeunes et pas larges d’épaules. Nous n’attendions pas que la mort nous frôle, la connerie des pubères nous tenait lieu de tête de gondole. Nous nous gaussions, entre deux détales, quand bêtes comme culs nous sonnions aux portes d’angles des rues du village avant de déguerpir. Ou quand nous faisions des numéros inconnus au téléphone, en ce temps-là l’on enfonçait encore nos doigts dans les ronds numérotés pour faire tourner le clavier et ça faisait critch, histoire de raccrocher au nez de l’impétrant, hilares, fiers de nos ailes à deux balles.
Une de nos autres spécialité était d’aller dans l’une des épiceries du bourg.Il y en avait encore quelques unes. Celle-ci sonnait latin. Sa tenancière s’appelait en effet Mme Junius. Un nom qui valait bien qu’on se donne du mal. Alors on the road again, on s’y rendait parfois les poches vides, enfin on s’y rendait parfois, nos poches étant souvent vides, et l’on sortait notre dernière trouvaille du moment. En fait, nous nous amusions à inventer des noms de bonbons ou de barres chocolatées qui n’existaient pas et nous allions lui demander l’air parfaitement sérieux si elle en avait. Nous aimions le froncement des sourcils morts de son front qu’elle masquait par un trait grossier de maquillage, cherchant où diantre elle aurait bien pu entendre parler de ce produit-là, répondant au début non, ça ne me dit rien, puis, une autre fois, je vais me renseigner.
Notre morceau d’anthologie fut le smurf. A l’époque on disait schmürtz. 
Nous y étions allés les uns après les autres, pas le même jour car y’en avait là-dedans, afin de lui demander si elle avait des Schmürtz. Une ouvelle barre chocolatée qui venait de sortir, nous lui disions. Elle fronçait ses pas sourcils, s’inquiétant de l’offre soudaine pour ce produit inconnu, le plus dur dans l’histoire étant d’adopter un air parfaitement innocent et sérieux pour demander la précieuse gourmandise sans pouffer ce qui relevait parfois de la haute voltige car le temps s’étalait.
Nous n’avons jamais pu nous mettre sous la dent la moindre miette de schmürf en courant sur la lande et pour cause.
Alors l’autre jour, moins jeune, pas plus large d’épaule, toujours insolent et drôle, en attendant que la mort ne me frôle, quelle ne fut pas ma surprise au Monoprix en découvrant au rayon des produits notés zéro à l’échelle de la santé bonne que Haribo avait dans ses stocks… des Schmurfs !!! Ca ne rassemblait évidemment pas du tout au souvenir que j’en avais mais je ne pouvais pas faire autrement que d’enfin acheter le paquet. Méditant en mâchonnant les confiseries molles et sucrées à souhait sur cette étrange coïncidence. 30 ans après. Nous n’étions pas des ringards mais des génies. Des génies de chez Junius. 

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