Evidemment, la violence visible est plus facile à capter. On peut la filmer, la prendre en photo, voir des visages qui éructent, etc.
Mais qu’en est-il de la violence invisible ? On fait en ce moment le procès des casseurs, dérive malheureuse et à combattre des citoyens qui par ailleurs se soulèvent eux qui ne votent plus et qui ne croient plus en la rue, alors ils occupent les ronds-points, comme un symbole d’une société qui française qui tourne en rond, et qui à force, ne tourne plus rond. Procès donc. Faut voir comme on nous parle, chantait en précurseur Alain Souchon.
Et si on parlait des autres casseurs aussi ? De leur victimes, plutôt. Invisibles bien sûr.
Combien de « victimes », au-delà des gilets jaunes, dézinguées par leurs entreprises, leurs collectivités, leurs « chef-fe-s », leurs collègues, leurs familles ?

La violence de la société saccage combien de soldats inconnus sans que la mine grave, un président, ses CRS et les médias ne viennent prendre justement des mines graves pour bien nous montrer que c’est pas bien ?
Combien de gens ont sauté par des fenêtres sur leur lieu de travail, ont laissé le pot d’échappement dans leur garage, choisi la corde pour en finir ?
Combien de personnes tournent à coups de cachetons pour « tenir » avec l’absurde « trou de la sécu » pour en rajouter des couches si besoin ?
Combien d’agents hospitaliers, de travailleurs sociaux, de juges, de flics, de médecins, d’infirmières, d’aides à domicile, d’élus, de bénévoles, bref, combien de millions e gens qui se dévouent en France ont un gilet jaune dans le coeur ? Eux qui ont un mal fou à trouver du sens à leurs vies qui pourtant n’en manquent pas ? Combien de jeunes n’y arrivent pas ? Combien de plus de 60 ans n’y arrivent plus ?
Dignité vous dites ? Raisonnable vous dites ?
Indécence je trouve.
Le « peuple » mérite respect. Mais il ne vote plus… Alors il arpente les réseaux sociaux, s’occupe des ronds-points, bien plus patient qu’on ne veut nous le faire croire.
Les rois de la parole publique n’ont pas compris, je crois, que ces gens-là, nous autres, on n’en est plus à tendre les mains comme si elles ne servaient plus qu’à recueillir des aides ou des cadeaux fiscaux, ni à poser des questions, ni à attendre des réponses.
Depuis plus de 40 ans, la douce France s’est endormie et aujourd’hui, cette France se réveille. Et pour entonner le refrain de Véronique Sanson, 40 ans, c’est long c’est court. C’est pas mai 68 qui se profile en 2019 puisque ça ne rime pas. 1789 ça rime. Et si je ne souhaite pas que ça dégouline, le père que je suis et le fils que j’étais en a le sourire des espoirs.
Ces derniers temps, j’avais découvert une forme de honte d’être Français.
Une certaine fierté fait son retour sous mes paupières.
Sans préjuger de rien.
Je vois plein de dignités toutes ces dernières semaines.
Et ça fait du bien même si j’entends aussi, autour de moi, la peur qui s’invite.

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